
Le son lourd et froid de la nuit laissait place au moteur 3 litres diesel.
Clic.
Le mix se compliquait, un beat profond remontait à la surface.
Il était 5 heures du matin et JUM n’avait pas pris d’affaire avec lui.
“Sale.”
Les arbres défilaient à toute allure, la route encore plus vite.
Des centaines de points lumineux apparaissaient et disparaissent, ça sentait le vent, ça roulait trop vite. Ce monstre rapide et bruyant était peut-être encore plus sauvage que le pire de tous les animaux.
Ca roulait vite et sous alcool.
Il était 5 heures du matin lorsqu’ils franchirent le pont les reliant au continent. Il filèrent droit vers le nord, comme prévu. Après quelques pauses dans le noir pour faire tout ce qu’il y a à faire quand on fait un long voyage en voiture, après avoir parler pendant les dernières bières, le monstre s’arrêta pour se reposer.
Aucune perte n’était à déplorer, la nature était toujours aussi belle.
JUM était à l’arrière entre les deux filles et ça lui convenait parfaitement.
Les deux filles n’avaient pas l’air de détester sa présence.
Le conducteur et la co-pilote allèrent dormir sur le sol un peu plus loin.
Quant au soleil, il se levait doucement avec les oiseaux.
Le Brésil est un pays dans lequel on peut se reveiller sans les yeux. Pensée furtive.
JUM se sentait mal. Gueule de bois, faim, froid, angoisse. Les autres étaient assez frais, comme si la jeunesse n’avait pas été abîmée. C’était assez rapide, on allait reprendre la route.
JUM se laissait caresser les cheveux par la fille aux yeux moins brillants, ce geste doux et en rythme allait bientôt le calmer et le réendormir.
C’était plus qu’un choc pour lui. Au soir il mangeait et buvait en terrasse avec ses quatre amis, avec un look totalement “out”, les yeux pendants et une envie de bouger pas ressentie depuis un nombre d’années incalculables.
Fuir ou pénétrer la situation ?
C’était décidé à sa place. La fatigue disparaissait au fur et à mesure que les spiritueux entraient dans son corps. Le poulet épicé ne le brûlait plus. C’était son esprit qui le brulait. Pire que la veille. Ses amis avaient disparus et des centaines d’autres étaient là, prêts à ne pas dormir. L’argent.
JUM n’avait pas d’argent pour payer. Là c’était la fuite. La première porte. Hop.
De la pure folie l’attendait derrière, un club terrible, une masse humaine faisait tanguer le sol et plus haut dans la cabine enfumée qui crachait de grand lasers, le DJ tenait la barre et faisait la tempête. On aurait dit un massif compact de peau, de tissus et de métal chaud et moite qui n’avait qu’un oeil et qui mangeait tout ce qui passait par là.
JUM n’avait pas envie de pénétrer la foule, il la frôlait, en faisait le tour, lançait des regards aux filles et aux barmans. Sexe et alcool.
Voilà ce qu’il avait fuit 4 ans auparavant.
Maintenant, tout prenait l’apparence de monstres ou de masses. L’individu c’était lui et il se sentait seul. JUM pouvait rentrer sur l’île, en se moquant des kilomètres qui le séparait de sa Facilité. “Facilité” était gravé sur la porte de sa maisonnette. C’était à l’époque ou il avait encore du whisky et un couteau. Ca écrivait des conneries un peu partout.
Dans cette grande ville ou des milliers de gens avaient gravé des milliers de mots, JUM se sentait seul mais pas seulement. Accoudé au bar, buvant dans un verre anonyme, il sentait que quelque chose de très bon remontait en lui.
Pour la première fois de sa vie, il n’en avait pas peur.